24 août 2014
11 août 2014
Le lion
À l'ombre d'un acacia,
repu par 20 kilos de viande de buffle, un sphinx à la gueule
largement ouverte baille. Avec sa crinière éclatante et ses yeux
dorés brillants, c'est un soleil qui s’assoupit dans la savane. Le
plus grand carnivore d'Afrique ne laisse personne indifférent ;
dans son milieu certes les mammifères qui sentent sa présence se
dressent prêts à cavaler pour échapper aux griffes impitoyables,
mais les hommes, qu'ils partagent ou non son quotidien, lui prêtent
également une place de choix dans le monde animal et regardent avec
fascination ce roi des animaux, ce félin solaire.
Tantôt serein et
nonchalant, tantôt agressif et sanglant, le lion est un animal
symbolique et mythologique dans toute l'Afrique. Il est utilisé dans
de nombreux proverbes, illustre les contes, fleurit les récits de
prouesses guerrières. Noble pour certains, il n'en est pas moins
vulnérable pour d'autres et sujet aux tracas des souris ou des
éléphants. Néanmoins, son rugissement et sa démarche fière sont
craints à peu près partout où il réside. Si le lion et la lionne
sont vus chez les Bambaras du Mali comme symbole divin d’instruction
et d'enseignement, le lion de Juda en Éthiopie symbolise plutôt la
force conquérante. Cet emblème de la dynastie royale éthiopienne
exhibait fièrement sa tête couronnée sur le drapeau du pays
jusqu'en 1974 à la mort de son dernier empereur Haïlé Sélassié.
Si le lion et sa femelle
sont de grands chasseurs, ils sont également de grands chassés. Les
Massai qui les côtoient sur les grandes plaines Est-africaines sont
régulièrement amenés à défendre leur bétail contre les grands
félins. Ils ne sont pas les seuls à protéger leurs troupeaux, il
fut un temps où dans toute l’Afrique les éleveurs se défendaient
du lion. Ce n'est pas une routine de livrer un duel avec le plus
grand chasseur d'Afrique. Le combat est en général entouré de
rituel, de magie et de sorcellerie et s'inscrira dans les légendes
traditionnelles.
Les africains ont, de
manière générale, des raisons plutôt légitimes d'affronter le
lion alors que les occidentaux chassent cruellement cet animal
mythique par simple loisir. En mars dernier des manifestations ont eu
lieu en Afrique du Sud et un peu partout dans le monde pour protester
contre ce que les anglais qualifient de « chasse en conserve »
(canned hunting). Pour cette traque au pays de Nelson Mandela,
les lions sont élevés en cage, ils sont affamés peu de temps avant
d'être relâchés dans un espace qui leur est totalement étranger
et échappent ainsi très difficilement aux balles des chasseurs.
Plus de la moitié des individus qui se livrent à cette activité
sont des américains, et environ 40 % des européens. Les os de lion
seraient vendus 1000 dollars la carcasse en Asie avant d'être
revendus en fraude sous forme de gâteaux d'os de tigre à 1000
dollars les 100 grammes...
Mais comme dit le célèbre
proverbe : « Tant que les lions n'auront pas leurs propres
historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le
chasseur. »
Si les cibles ne sont pas
les riches chasseurs occidentaux mais d'infortunés africains, les
humains paient également un tribu au lion qui se repaît
occasionnellement de leur chair. En 2004, un jeune lion tanzanien
aurait favorisé dans son régime la viande humaine à celles plus
coriaces du buffle et d'autres ongulés car il souffrait d'un abcès
dentaire contraignant pour la mastication.
Aujourd’hui, la présence
du lion dans une région est le signe de son caractère sauvage et de
son intégrité naturelle. Il est un tracas pour les éleveurs, mais
de part son attrait touristique il est également une manne pour les
pays qui l'abritent. Ainsi, comme pour la plupart des grands
mammifères sauvages, sa préservation et la gestion de son milieu
sont devenues un enjeux économique et emblématique. Espérons que
cette double dimension assurera une certaine prospérité au grand
félin africain.
14 juillet 2014
6 juillet 2014
Le Mokélé-Mbembé
Fruit de l'imagination ou
observation spectaculaire d'un animal extrêmement rare, les
témoignages relatant les apparitions de « Nessie » le
célèbre monstre du Loch Ness ont fait le tour du monde. Accompagnée
de preuves photographiques et de récits extraordinaires, la légende
a pris une telle ampleur qu'un bureau spécialement chargé
d’enquêter sur les phénomènes du Loch Ness a vu le jour.
Moins médiatisé, on
trouve en Afrique, dans les jungles du bassin versant du fleuve
Congo, ce qui pourrait bien être le cousin tropical du monstre
écossais. Bien qu'il soit nommé de différentes manières selon le
dialecte (la superficie du bassin du Congo s'étend sur une dizaine
de pays) les pygmées du Congo l’appellent le Mokélé-Mbembé.
Dépeint par quelques
missionnaires et explorateurs occidentaux, il est surtout connu
depuis des siècles par la population forestière. Les descriptions
changent sensiblement d'une tribu à l'autre mais sa ressemblance avec
un dinosaure est unanime : il aurait la taille d'un éléphant,
quatre pattes, un long cou, une longue queue et une tête de serpent.
Il fréquenterait les berges du fleuve Congo, les lacs et les
marécages alentours. D'après leurs témoignages, les pygmées
croisent sa route régulièrement et lui attribuent la cause de
nombreux accidents, notamment des renversements de pirogues.
En voici une
représentation avec des déchets de l'OTRAG en République
Démocratique du Congo (cf: le ciel vu de l'Afrique)
Plusieurs expéditions
rapportent des preuves de leurs rencontres avec le Mokélé-Mbembé,
mais elles sont toutes très contestables. Entre le premier
témoignage occidental de 1776 par l'Abbé Liévain-Bonaventure
Proyart et les récentes recherches de l'explorateur Michel Ballot,
une succession de descriptions, de photos et de vidéos est venue
enrichir la documentation autour du monstre. L'espoir de découvrir
une telle créature errant en Afrique centrale a attiré un certain
nombre de curieux et notamment les cryptozoologues, chercheurs qui
traquent les animaux dont l'existence n'est pas prouvée de façon
irréfutable. Leur quête est encouragée par la découverte de
l'okapi au début du 20ème siècle, une nouvelle espèce proche de
la girafe partageant le même territoire que le Mokélé-Mbembé. Cet
animal bien connu des pygmées n'a pu être observé que très
tardivement par les occidentaux en raison de sa rareté et de ses
mœurs très discrètes.
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Aux yeux des sceptiques ou
de certaines tribus qui côtoient la forêt, le Mokélé-Mbembé est
un être purement mythologique, un esprit qui peuple les légendes
issues de la longue tradition orale qui relie les peuples du bassin du
Congo à leur histoire. D'ailleurs les photographies ne sont pas suffisamment
nettes pour distinguer s'il s'agit bien d'une nouvelle espèce animale
ou du dos d'un hippopotame et les sillages flous sur les lacs sont
souvent l’œuvre de piroguiers.
La forêt équatoriale est
pleine de beautés fascinantes et de mystères sauvages à
l'image de l'okapi. Dans ce sanctuaire terrestre, il semble parfaitement légitime
d'imaginer que se cachent encore d'étonnantes surprises.
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