23 mars 2015
25 janvier 2015
Motor Vessel Africa
La mémoire marine de
l'humanité s'inscrit à la surface des océans par des textes
d'écume creusés par les bateaux. Jonques, boutres, radeaux,
paquebots, toutes formes d'embarcations, archaïques ou
sophistiquées, gravent dans le corail les mouvements perpétuels de
l'homme sur les flots. Chaque étendue d'eau, chaque lac, chaque
rivière, chaque bassin versant porte en lui cette conquête de la
planète bleue par les humains, de la première noyade à la dernière
marée noire. Poussé par les forces laminaires de l'atmosphère, le
bateau est un pionnier, qu'il soit barque de pêcheur ou pirogue de
migrants. À la fois tragique et merveilleux, il est le moyen de
transport le plus apte à donner la saveur aigre-douce du voyage, à
en révéler l'essence universelle.
Sous les latitudes
tempérées, avec la démocratisation du voyage aérien, le bateau en
tant que moyen de transport passager a été supplanté par l'avion.
On ne traverse plus l'atlantique par la mer mais par les airs. La
transatlantique en bateau est aujourd’hui un loisir ; sur des
trimarans ou de grands bateaux de croisière le but n'est plus
d'atteindre le nouveau monde mais bien le voyage en lui même. De
même pour une frange de la population asiatique qui peut maintenant
avec un grand nombre de compagnies low-cost se payer des
voyages aériens. Le temps de Vasco de Gama ou de la flotte de
Zheng He qui explorait les côtes africaines et ramenait des girafes
du Kenya dans sa chine natale est révolu. Aujourd'hui les mers sont
surtout traversées par des porte-conteneurs.
Le bateau de passager
n'est cependant pas mort. En Afrique il est un moyen de locomotion
très courant. Les ponts sont rares et ce sont les bacs en général
qui permettent la traversé des grands cours d'eau. Dans beaucoup de
régions fluviales ou lacustres, certains villages ne sont accessibles
qu'en pirogue. Les ferrys qui circulent dans la région des grands lacs
transportent beaucoup de passagers et de marchandises là où les
transports routiers peuvent être longs, difficiles et dangereux. C'est
de ces fameux ferrys que ce blog tire son nom, le préfixe MV signifie
motor vessel (navire à moteur). C'est un préfixe de navire
civil, on le retrouve très souvent sur les bateaux africains des
pays anglophones comme le MV Songea qui navigue sur le lac
Malawi.
Malheureusement le
continent est aussi le théâtre d’innombrables catastrophes
maritimes. Il ne se passe rarement un mois sans qu'un média ne
relève (timidement) un naufrage sur un lac, un fleuve ou sur la mer.
Parmi ces désastres, on peut relever celui du MV Bukoba en
1996 qui circulait sur le lac Victoria et qui entraîna dans sa chute
le numéro 2 d’Al-Qaïda de l'époque Abu Ubaidah al-Banshiri. Le
MV Bukoba faisait la liaison entre la ville de Bukoba et la
ville de Mwanza en Tanzanie. Le trajet est aujourd'hui effectué par
le MV Victoria.
Des incidents
tragiques d'une autre ampleur et beaucoup plus relayés par les
médias coûtent la vie à de pauvres migrants qui tentent de rallier
l'Europe et qui arrivent à moitié mourants s'ils n'ont pas déjà
succombé en Méditerranée au large de l'Espagne ou de Lampedusa. On
retrouve la gravité de ces expéditions avec une grande pertinence
dans le film de Moussa Touré « La pirogue ».
Une des tragédies la plus
spectaculaire, responsable d'un plus grand nombre de victimes que le naufrage du Titanic, reste
aujourd'hui une véritable cicatrice dans le cœur des sénégalais.
En septembre 2002, le traversier Le Joola se retourne dans une
tempête au large de la Gambie. Les secours mettent environ 19 heures
à arriver. Le bilan officiel est de 1863 morts. Le bateau qui
assurait la liaison entre Ziguinchor et Dakar portait à son bord de
nombreux casamançais et le nom Joola (diola) vient
d'ailleurs de l’ethnie éponyme majoritaire dans cette région.
Mais les bateaux africains ne sont
pas seulement célèbres pour leur faculté à sombrer, il sont aussi
légendaires pour leur capacité à prolonger leur durée de vie. À
ce titre, le MV Liemba est en train de devenir une véritable
légende. Ce ferry qui circule depuis plus d'un siècle sur le lac
Tanganyika, est un navire de guerre initialement appelé Graf von
Götzen amené en 1913 par les colons allemands. Pendant la
première guerre mondiale, il fut sabordé par les allemands eux-même
afin que les anglais ne s'en emparent. Ces derniers le renflouèrent en
1924 et lui donnèrent son nom actuel. Aujourd'hui propriété de la
Tanzania Railways Corporation, il assure toujours le transport de
passagers sur un parcours qui dessert Tanzanie et Zambie et
irrégulièrement le Burundi et la république démocratique du
Congo.
26 novembre 2014
Le voyage de Dadis
Le 28 septembre 2009,
répondant à l'appel des leaders politiques de l'opposition,
plusieurs dizaines de milliers de guinéens se rendent pacifiquement
au plus grand stade de Conakry, le stade du 28 septembre (date clé
de l'indépendance du pays). Moussa Dadis Camara, chef d'une junte
militaire, est installé au pouvoir depuis plusieurs mois. Il sait
que ces manifestations sont dirigées contre lui, et notamment contre
son projet de se présenter aux élections présidentielles que les
guinéens attendent avec fébrilité. Il interdit les manifestations,
en vain, et la répression est extrêmement violente. Des centaines
de manifestants sont blessés, au moins 157 décèdent, des dizaines
de femmes sont violées, des milliers de guinéens sont traumatisés.
La communauté
internationale s’inquiète alors du sort que va pouvoir connaître
le pays. Une série de télégrammes diplomatiques américains,
publiés par wikileaks et relayés par plusieurs organes de presse,
dont Le Monde et Jeune Afrique, révèlent l'aventure
rocambolesque de ce dictateur que le conseiller Afrique du ministère
français des Affaires étrangères qualifie alors de « fou »
et de « dangereux ».
Français et américains
« conviennent que Dadis Camara doit être écarté du pouvoir »
et cherchent un pays prêt à l'accueillir. Le Maroc est envisagé,
Dadis y cache une grande partie de sa fortune, mais Rabat ne semble
pas disposé à le recevoir. Pourtant le 3 décembre 2009, il est
évacué d'urgence vers la capitale du royaume qui n'en est pas
informé mais qui l'accepte finalement pour des raisons humanitaires.
Le chef de junte vient en effet
d'être victime d'une tentative d'assassinat par son aide de camp. Il
est gravement blessé, des fragments de balles ont été retirés de
son crâne, et d'après le ministre marocain des affaires étrangères
il est « conscient » mais tient des propos « incohérents ».
Il aurait encore une balle dans la tête et souffrirait d'une vision
et d'une locution affaiblies. Les marocains hésitent à laisser
Dadis rentrer dans son pays, cependant ils ne souhaitent pas le
remettre eux-même à la CPI pour des raisons diplomatiques entre la
Guinée et le Maroc. Pour Rabat, la meilleure solution reste alors un
rapatriement en Guinée mais Washington insiste lourdement pour que
Dadis reste dans le royaume le plus longtemps possible.
Le 5 janvier, le pouvoir
de Dadis Camara est transféré au général Sékouba Konaté qui en
échange du soutien de la France et des États-Unis s'engage à ce
que Dadis ne soit pas autorisé à rentrer en Guinée. Ce dernier qui a toujours du mal à s'exprimer aurait recouvré « 80 % de ses
facultés » et commencerait à se demander ce qu'il fait encore
à l’hôpital. Rabat, plus que jamais décidé à s'en débarrasser
aurait appelé le chef d'état du Gabon pour lui demander de
l'accueillir, ce que Ali Bongo Ondimba refuse. Bernard Kouchner,
alors ministre des affaires étrangères aurait demandé la même
chose à Denis Sassou-Nguesso le président du Congo. On s'adresse à
l'Arabie Saoudite, on évoque le Sénégal, le Burkina Faso, la
Gambie, mais aucune solution ne semble s'imposer. Seule la Libye serait
prête a l’accueillir, ce qui n'emballe pas les occidentaux...
Le roi du Maroc décide
alors d'envoyer Dadis à Ouagadougou et ce dernier décolle dans un
avion médicalisé en pensant rentrer au pays.
Le président du
Burkina-Faso, Blaise Compaoré, informé peu de temps avant l’atterrissage, fait
savoir qu'il ne garderai pas le convalescent plus de 5 jours.
Aujourd'hui Dadis vit
toujours en exil à Ouagadougou. Il a fait un séjour dans sa région
natale l'an passé pour les obsèques de sa mère mais attend une
heure plus propice pour rentrer définitivement au pays. Les enquêtes
sur les massacres du 28 septembre 2009 se poursuivent lentement...
31 octobre 2014
23 octobre 2014
Tingatinga
Résultat chimique de la
pluie sur la poussière, piétinements de bovidés sauvages associés
aux rugissements de leurs prédateurs ou invisible action d'une terre
de diamants sur l'âme humaine, les hauts plateaux des confins
Sud-tanzaniens sont un environnement propice à la création. C'est
ici que sont installés, entre autres, les Makondé, dont les
statuettes de palissandre font la renommée dans toute l'Afrique de
l'Est, et les Makua. Deux ethnies qui sont, par ailleurs, très
répandues de l'autre coté de la frontière au Mozambique.
Edward Said Tingatinga (1937-1972),
d'éthnie Makua par sa mère, est le fondateur d'une école de
peinture de style naïf connue aujourd'hui dans le monde entier. Il
est né à Nakapanya (qui s'appelait à l'époque Namochelia), un
village près de la ville de Tunduru, dans une famille de paysans
pauvres.
En 1955, il arrive à Dar es Salaam et travaille comme domestique chez des fonctionnaires européens jusqu'en 1961, date à laquelle l'indépendance le met au chômage. Inspiré par la tradition picturale de sa région de naissance où l'on peint les murs des maisons en utilisant des couleurs d'origine végétale et minérale, il se lance dans la création artistique. Probablement sensible au succès des peintures en provenance du Congo voisin, l'idée lui vient de peindre avec de la laque sur des plaques d'isorel (panneau de bois) de 60x60.
En 1955, il arrive à Dar es Salaam et travaille comme domestique chez des fonctionnaires européens jusqu'en 1961, date à laquelle l'indépendance le met au chômage. Inspiré par la tradition picturale de sa région de naissance où l'on peint les murs des maisons en utilisant des couleurs d'origine végétale et minérale, il se lance dans la création artistique. Probablement sensible au succès des peintures en provenance du Congo voisin, l'idée lui vient de peindre avec de la laque sur des plaques d'isorel (panneau de bois) de 60x60.
Ainsi naquit sa première œuvre
carrée et un style artistique dit « Tingatinga » dont je
me suis inspiré pour le dessin suivant.
Ses thèmes favoris sont
des scènes de village, des animaux et des plantes. Ce sont des
sujets largement appréciés par les touristes occidentaux qui sont
la principale clientèle. Les peintures sont en général de petite
taille afin d'être aisément transportables et le style original et
exotique correspond à l'attente des voyageurs. Des lions sont représentés, des zèbres, girafes et autres animaux de la
savane souvent sur un fond monochrome. Avec le temps, un décor s'est imposé, composé généralement du Kilimandjaro ou d'éléments botanique de
l'Afrique orientale.
Voici quelques dessins qui
auraient pu être réalisés si E.S.Tingatinga avait été
Nord-africain.
Le succès aidant, son
entourage familial et quelques amis se sont joints à lui dans son
atelier. Aujourd'hui, la société
Tingatinga Arts Cooperative Society, qui fut créée bien après sa mort, est très productive et travaille régulièrement sur des projets
d'animation avec de grosses productions comme la BBC ou Disney.
Edward
Said Tingatinga est mort en 1972 dans l'accident d'une voiture prise
en chasse par la police de Dar es Salaam.
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