21 septembre 2014

La Gambie

   Le 19 avril dernier, la Gambie fermait sa frontière avec son unique voisin : le Sénégal. Le plus petit pays d'Afrique continentale ne partage qu'une seule frontière terrestre qui s'étend comme un ruban le long du fleuve dont il porte le nom. Le cours d'eau, qui prend sa source en Guinée, coupe littéralement le pays en deux avant de se jeter dans l'Atlantique.




   Du fait de sa particularité géographique, les Gambie (pays et fleuve) scindent le Sénégal et isolent la région de la Casamance du reste de son pays, particulièrement de sa capitale Dakar, et créent une situation d'enclavement propice à un manque d'investissement gouvernemental et à une certaine insécurité. En Gambie, pour traverser le fleuve, la nécessité d'emprunter des bacs aux fréquences de passages aléatoires accentue encore cette rupture Nord-Sud. Aucun pont ne permet la traversée des véhicules et les bacs ne relient les deux rives qu'à deux endroits: entre Barra et Banjul la capitale, et à Farafenni, ville carrefour où la longue queue de véhicules qui attendent fait l'animation.



   Héritée d'une aberration coloniale, la frontière de la Gambie est une barrière géographique, politique et linguistique. Depuis son indépendance et jusqu'à peu, l'anglais était la langue officielle du pays ce qui compromettait sérieusement une fusion logique avec le Sénégal francophone. Le président de la Gambie, Yahya Jammeh, qui voit d'un mauvais œil la période coloniale britannique, a sorti le pays du Commonwealth en octobre 2013 en accusant l'ancien empire en ces termes « Ils ont tué les éléphants et ont fini par vendre les Africains ». Cette année, pour une raison à peu près semblable, l'anglais en tant que langue officielle a été remplacé par l'arabe, langue de la religion majoritaire.

Yahya Jammeh est connu pour son originalité, son homophobie et son intolérance. En 2009 pendant un discours télévisé il disait à son peuple : « Si vous pensez que vous pouvez collaborer avec les prétendues organisations des droits de l’homme et vous en sortir comme ça, vous devez vivre dans un monde de rêves. Je vais vous tuer et rien d’autre ne va se passer. ».
Deux années auparavant, il avait déclaré être en pouvoir de guérir le sida grâce à un traitement à base d'herbes médicinales enduites sur le corps du malade accompagnées d'un récital de versets coraniques. Ses ministres en firent l’expérience avant de se déclarer convaincus.
L'efficacité d'un tel traitement n'est à l'heure actuelle pas prouvée, mais on trouve en Gambie un excellent remède au vague à l'âme :




   Autre personnalité gambienne controversée, Fatou Bensouda, l'actuelle procureure de la Cour pénale internationale (CPI), tribunal chargé de juger à travers le monde les auteurs de génocide ou de crime de guerre. Sa prise de fonction a déclenché de nombreuses critiques en Afrique où l'on reproche à l'institution de servir les intérêts des occidentaux. Les enquêtes menées par la CPI sont avant tout politique et ne touche que des pays africains. Elles sont dirigées notamment par la France et l'Angleterre, les anciennes puissances colonisatrices qui avec l'Allemagne et le Japon assurent à eux seuls la moitié des financement de la CPI. D'autres acteurs majeurs tels que les États-Unis, la Chine et la Russie exerce une forte influence sur cette institution bien qu'ils n'en fassent pas partie. Si l’élection en 2012 d'une gambienne fait croître le mirage d'une influence africaine dans le tribunal, elle est assimilée à une forme de trahison dans l'esprit de nombreux africains.



   On pourrait donc conclure que la Gambie, de part ses personnalités politiques, abrite de drôles d'oiseaux. C'est le cas et, outre une population joyeuse et accueillante, on peut y observer, si toutefois on y est sensible, une avifaune abondante qui trouve refuge dans ce petit pays idéalement placé sur le chemin de la migration entre l'Europe et l'Afrique subsaharienne.

11 août 2014

Le lion

   À l'ombre d'un acacia, repu par 20 kilos de viande de buffle, un sphinx à la gueule largement ouverte baille. Avec sa crinière éclatante et ses yeux dorés brillants, c'est un soleil qui s’assoupit dans la savane. Le plus grand carnivore d'Afrique ne laisse personne indifférent ; dans son milieu certes les mammifères qui sentent sa présence se dressent prêts à cavaler pour échapper aux griffes impitoyables, mais les hommes, qu'ils partagent ou non son quotidien, lui prêtent également une place de choix dans le monde animal et regardent avec fascination ce roi des animaux, ce félin solaire.





Tantôt serein et nonchalant, tantôt agressif et sanglant, le lion est un animal symbolique et mythologique dans toute l'Afrique. Il est utilisé dans de nombreux proverbes, illustre les contes, fleurit les récits de prouesses guerrières. Noble pour certains, il n'en est pas moins vulnérable pour d'autres et sujet aux tracas des souris ou des éléphants. Néanmoins, son rugissement et sa démarche fière sont craints à peu près partout où il réside. Si le lion et la lionne sont vus chez les Bambaras du Mali comme symbole divin d’instruction et d'enseignement, le lion de Juda en Éthiopie symbolise plutôt la force conquérante. Cet emblème de la dynastie royale éthiopienne exhibait fièrement sa tête couronnée sur le drapeau du pays jusqu'en 1974 à la mort de son dernier empereur Haïlé Sélassié.




Si le lion et sa femelle sont de grands chasseurs, ils sont également de grands chassés. Les Massai qui les côtoient sur les grandes plaines Est-africaines sont régulièrement amenés à défendre leur bétail contre les grands félins. Ils ne sont pas les seuls à protéger leurs troupeaux, il fut un temps où dans toute l’Afrique les éleveurs se défendaient du lion. Ce n'est pas une routine de livrer un duel avec le plus grand chasseur d'Afrique. Le combat est en général entouré de rituel, de magie et de sorcellerie et s'inscrira dans les légendes traditionnelles.




Les africains ont, de manière générale, des raisons plutôt légitimes d'affronter le lion alors que les occidentaux chassent cruellement cet animal mythique par simple loisir. En mars dernier des manifestations ont eu lieu en Afrique du Sud et un peu partout dans le monde pour protester contre ce que les anglais qualifient de « chasse en conserve » (canned hunting). Pour cette traque au pays de Nelson Mandela, les lions sont élevés en cage, ils sont affamés peu de temps avant d'être relâchés dans un espace qui leur est totalement étranger et échappent ainsi très difficilement aux balles des chasseurs. Plus de la moitié des individus qui se livrent à cette activité sont des américains, et environ 40 % des européens. Les os de lion seraient vendus 1000 dollars la carcasse en Asie avant d'être revendus en fraude sous forme de gâteaux d'os de tigre à 1000 dollars les 100 grammes...
Mais comme dit le célèbre proverbe : « Tant que les lions n'auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur. »




 
Si les cibles ne sont pas les riches chasseurs occidentaux mais d'infortunés africains, les humains paient également un tribu au lion qui se repaît occasionnellement de leur chair. En 2004, un jeune lion tanzanien aurait favorisé dans son régime la viande humaine à celles plus coriaces du buffle et d'autres ongulés car il souffrait d'un abcès dentaire contraignant pour la mastication.

Aujourd’hui, la présence du lion dans une région est le signe de son caractère sauvage et de son intégrité naturelle. Il est un tracas pour les éleveurs, mais de part son attrait touristique il est également une manne pour les pays qui l'abritent. Ainsi, comme pour la plupart des grands mammifères sauvages, sa préservation et la gestion de son milieu sont devenues un enjeux économique et emblématique. Espérons que cette double dimension assurera une certaine prospérité au grand félin africain.






6 juillet 2014

Le Mokélé-Mbembé

Fruit de l'imagination ou observation spectaculaire d'un animal extrêmement rare, les témoignages relatant les apparitions de « Nessie » le célèbre monstre du Loch Ness ont fait le tour du monde. Accompagnée de preuves photographiques et de récits extraordinaires, la légende a pris une telle ampleur qu'un bureau spécialement chargé d’enquêter sur les phénomènes du Loch Ness a vu le jour.
Moins médiatisé, on trouve en Afrique, dans les jungles du bassin versant du fleuve Congo, ce qui pourrait bien être le cousin tropical du monstre écossais. Bien qu'il soit nommé de différentes manières selon le dialecte (la superficie du bassin du Congo s'étend sur une dizaine de pays) les pygmées du Congo l’appellent le Mokélé-Mbembé.






Dépeint par quelques missionnaires et explorateurs occidentaux, il est surtout connu depuis des siècles par la population forestière. Les descriptions changent sensiblement d'une tribu à l'autre mais sa ressemblance avec un dinosaure est unanime : il aurait la taille d'un éléphant, quatre pattes, un long cou, une longue queue et une tête de serpent. Il fréquenterait les berges du fleuve Congo, les lacs et les marécages alentours. D'après leurs témoignages, les pygmées croisent sa route régulièrement et lui attribuent la cause de nombreux accidents, notamment des renversements de pirogues.

En voici une représentation avec des déchets de l'OTRAG en République Démocratique du Congo (cf: le ciel vu de l'Afrique)







Plusieurs expéditions rapportent des preuves de leurs rencontres avec le Mokélé-Mbembé, mais elles sont toutes très contestables. Entre le premier témoignage occidental de 1776 par l'Abbé Liévain-Bonaventure Proyart et les récentes recherches de l'explorateur Michel Ballot, une succession de descriptions, de photos et de vidéos est venue enrichir la documentation autour du monstre. L'espoir de découvrir une telle créature errant en Afrique centrale a attiré un certain nombre de curieux et notamment les cryptozoologues, chercheurs qui traquent les animaux dont l'existence n'est pas prouvée de façon irréfutable. Leur quête est encouragée par la découverte de l'okapi au début du 20ème siècle, une nouvelle espèce proche de la girafe partageant le même territoire que le Mokélé-Mbembé. Cet animal bien connu des pygmées n'a pu être observé que très tardivement par les occidentaux en raison de sa rareté et de ses mœurs très discrètes.









Aux yeux des sceptiques ou de certaines tribus qui côtoient la forêt, le Mokélé-Mbembé est un être purement mythologique, un esprit qui peuple les légendes issues de la longue tradition orale qui relie les peuples du bassin du Congo à leur histoire. D'ailleurs les photographies ne sont pas suffisamment nettes pour distinguer s'il s'agit bien d'une nouvelle espèce animale ou du dos d'un hippopotame et les sillages flous sur les lacs sont souvent l’œuvre de piroguiers.





 
La forêt équatoriale est pleine de beautés fascinantes et de mystères sauvages à l'image de l'okapi. Dans ce sanctuaire terrestre, il semble parfaitement légitime d'imaginer que se cachent encore d'étonnantes surprises.