23 octobre 2014

Tingatinga

   Résultat chimique de la pluie sur la poussière, piétinements de bovidés sauvages associés aux rugissements de leurs prédateurs ou invisible action d'une terre de diamants sur l'âme humaine, les hauts plateaux des confins Sud-tanzaniens sont un environnement propice à la création. C'est ici que sont installés, entre autres, les Makondé, dont les statuettes de palissandre font la renommée dans toute l'Afrique de l'Est, et les Makua. Deux ethnies qui sont, par ailleurs, très répandues de l'autre coté de la frontière au Mozambique.




   Edward Said Tingatinga (1937-1972), d'éthnie Makua par sa mère, est le fondateur d'une école de peinture de style naïf connue aujourd'hui dans le monde entier. Il est né à Nakapanya (qui s'appelait à l'époque Namochelia), un village près de la ville de Tunduru, dans une famille de paysans pauvres.
En 1955, il arrive à Dar es Salaam et travaille comme domestique chez des fonctionnaires européens jusqu'en 1961, date à laquelle l'indépendance le met au chômage. Inspiré par la tradition picturale de sa région de naissance où l'on peint les murs des maisons en utilisant des couleurs d'origine végétale et minérale, il se lance dans la création artistique. Probablement sensible au succès des peintures en provenance du Congo voisin, l'idée lui vient de peindre avec de la laque sur des plaques d'isorel (panneau de bois) de 60x60. 

Ainsi naquit sa première œuvre carrée et un style artistique dit « Tingatinga » dont je me suis inspiré pour le dessin suivant.




   Ses thèmes favoris sont des scènes de village, des animaux et des plantes. Ce sont des sujets largement appréciés par les touristes occidentaux qui sont la principale clientèle. Les peintures sont en général de petite taille afin d'être aisément transportables et le style original et exotique correspond à l'attente des voyageurs. Des lions sont représentés, des zèbres, girafes et autres animaux de la savane souvent sur un fond monochrome. Avec le temps, un décor s'est imposé, composé généralement du Kilimandjaro ou d'éléments botanique de l'Afrique orientale.

Voici quelques dessins qui auraient pu être réalisés si E.S.Tingatinga avait été Nord-africain.






Le succès aidant, son entourage familial et quelques amis se sont joints à lui dans son atelier. Aujourd'hui, la société Tingatinga Arts Cooperative Society, qui fut créée bien après sa mort, est très productive et travaille régulièrement sur des projets d'animation avec de grosses productions comme la BBC ou Disney.

Edward Said Tingatinga est mort en 1972 dans l'accident d'une voiture prise en chasse par la police de Dar es Salaam.



21 septembre 2014

La Gambie

   Le 19 avril dernier, la Gambie fermait sa frontière avec son unique voisin : le Sénégal. Le plus petit pays d'Afrique continentale ne partage qu'une seule frontière terrestre qui s'étend comme un ruban le long du fleuve dont il porte le nom. Le cours d'eau, qui prend sa source en Guinée, coupe littéralement le pays en deux avant de se jeter dans l'Atlantique.




   Du fait de sa particularité géographique, les Gambie (pays et fleuve) scindent le Sénégal et isolent la région de la Casamance du reste de son pays, particulièrement de sa capitale Dakar, et créent une situation d'enclavement propice à un manque d'investissement gouvernemental et à une certaine insécurité. En Gambie, pour traverser le fleuve, la nécessité d'emprunter des bacs aux fréquences de passages aléatoires accentue encore cette rupture Nord-Sud. Aucun pont ne permet la traversée des véhicules et les bacs ne relient les deux rives qu'à deux endroits: entre Barra et Banjul la capitale, et à Farafenni, ville carrefour où la longue queue de véhicules qui attendent fait l'animation.



   Héritée d'une aberration coloniale, la frontière de la Gambie est une barrière géographique, politique et linguistique. Depuis son indépendance et jusqu'à peu, l'anglais était la langue officielle du pays ce qui compromettait sérieusement une fusion logique avec le Sénégal francophone. Le président de la Gambie, Yahya Jammeh, qui voit d'un mauvais œil la période coloniale britannique, a sorti le pays du Commonwealth en octobre 2013 en accusant l'ancien empire en ces termes « Ils ont tué les éléphants et ont fini par vendre les Africains ». Cette année, pour une raison à peu près semblable, l'anglais en tant que langue officielle a été remplacé par l'arabe, langue de la religion majoritaire.

Yahya Jammeh est connu pour son originalité, son homophobie et son intolérance. En 2009 pendant un discours télévisé il disait à son peuple : « Si vous pensez que vous pouvez collaborer avec les prétendues organisations des droits de l’homme et vous en sortir comme ça, vous devez vivre dans un monde de rêves. Je vais vous tuer et rien d’autre ne va se passer. ».
Deux années auparavant, il avait déclaré être en pouvoir de guérir le sida grâce à un traitement à base d'herbes médicinales enduites sur le corps du malade accompagnées d'un récital de versets coraniques. Ses ministres en firent l’expérience avant de se déclarer convaincus.
L'efficacité d'un tel traitement n'est à l'heure actuelle pas prouvée, mais on trouve en Gambie un excellent remède au vague à l'âme :




   Autre personnalité gambienne controversée, Fatou Bensouda, l'actuelle procureure de la Cour pénale internationale (CPI), tribunal chargé de juger à travers le monde les auteurs de génocide ou de crime de guerre. Sa prise de fonction a déclenché de nombreuses critiques en Afrique où l'on reproche à l'institution de servir les intérêts des occidentaux. Les enquêtes menées par la CPI sont avant tout politique et ne touche que des pays africains. Elles sont dirigées notamment par la France et l'Angleterre, les anciennes puissances colonisatrices qui avec l'Allemagne et le Japon assurent à eux seuls la moitié des financement de la CPI. D'autres acteurs majeurs tels que les États-Unis, la Chine et la Russie exerce une forte influence sur cette institution bien qu'ils n'en fassent pas partie. Si l’élection en 2012 d'une gambienne fait croître le mirage d'une influence africaine dans le tribunal, elle est assimilée à une forme de trahison dans l'esprit de nombreux africains.



   On pourrait donc conclure que la Gambie, de part ses personnalités politiques, abrite de drôles d'oiseaux. C'est le cas et, outre une population joyeuse et accueillante, on peut y observer, si toutefois on y est sensible, une avifaune abondante qui trouve refuge dans ce petit pays idéalement placé sur le chemin de la migration entre l'Europe et l'Afrique subsaharienne.